L'ACE lance le premier "conseil des enfants"
L'Action catholique des enfants a
réuni le premier «conseil des enfants», avec une vingtaine de jeunes délégués
régionaux, pour choisir le thème de l'année et apprendre la participation
Une sorte de royaume des enfants… démocratique toutefois. C’est ce que viennent
de vivre une vingtaine d’enfants de l’Action catholique des enfants (ACE),
«délégués régionaux» du mouvement, et réunis le week-end dernier à La
Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne) pour le premier «conseil des enfants». Seize
jeunes précisément, de 6 à 16 ans, ont débattu puis voté le thème de l’année
prochaine qui va animer les clubs de l’ACE et toucher 45 000 jeunes.
Après d’âpres débats, le verdict est tombé dimanche, en milieu de matinée. Les
jeunes se sont finalement décidés pour le thème : «On n’est pas faits
pour se battre». Ils ont solennellement remis le résultat de ce vote au
conseil d’administration.
Pas évident de choisir, en tout cas, à partir des trois thèmes proposés à la
discussion : «On a des choses à se dire», «On n’est pas faits pour se battre» et
«On a besoin des autres» – mais aussi parmi ceux que chacun a pu suggérer, par
exemple : «Préparons l’avenir», «On a besoin de vivre, de jouer, de respirer»,
«La vie est un don, ne la gâche pas»… Autant de pistes qui suggéraient tantôt
l’admiration de l’assemblée, tantôt le rejet, jusqu’au vote définitif.![]()
"Ca bouscule les adultes"
«Au-delà
de l’aspect symbolique, voter le thème de l’année, c’est participer à quelque
chose de central dans la vie du mouvement», explique Isabelle Wackenier,
organisatrice de ce premier conseil des enfants et par ailleurs rédactrice en
chef de la revue de l’ACE. Le thème, c’est un repère sur lequel réfléchir, à
partir duquel agir.
L’année dernière, le thème était : «La protection de notre environnement ».
Anouk, responsable d’un groupe de Top’Ados , raconte que les jeunes, marqués par
le tsunami, ont voulu réaliser une émission du type « C’est pas sorcier», qui
explique le phénomène. D’autres adolescents, dont Jonathan est responsable dans
le Puy-de-Dôme, ont quant à eux décidé d’écrire, de mettre en scène et de jouer
une pièce de théâtre. Avec une tonalité moralisatrice et de curieux personnages
principaux : les «Crados». Cent vingt personnes sont venues les voir, et les
fonds récoltés ce soir-là ont été reversés aux victimes du tsunami.
«Ça bouscule les adultes, lance Nicolas, responsable d’un club dans le Doubs. Il
était donc logique que le choix d’un thème qui les mobilise tant revienne aux
jeunes. D’autant que cela correspond à la pédagogie du mouvement, à une volonté
d’appliquer la convention des droits de l’enfant, qui met en avant la liberté
d’opinion, d’expression et de participation. » « Le conseil des enfants existait
déjà en Italie ; cela nous a donné un élan», ajoute Isabelle Wackenier.
Un premier courrier a été transmis aux associations départementales en
septembre, et de là aux clubs, qui ont fait connaître leurs remarques et leurs
suggestions. «Au siège, on est habitué à ressaisir l’avis des enfants», continue
l’organisatrice du conseil. C’est ainsi qu’ont été dégagés les trois thèmes de
départ.![]()
"C'est quoi être délégué ?"
Quant
aux jeunes délégués régionaux, ils ont été, cette année, majoritairement nommés.
«Mais notre objectif est de procéder à des élections», souligne Isabelle
Wackenier. Pour autant, ces premiers délégués se sont bien investis dans le
projet. Ils ont recueilli les opinions des clubs de leur région et apporté une
synthèse. C’est légitimement que le week-end a commencé par un « tour des
régions » plutôt sympathique.
«Le but était aussi de faire prendre conscience aux jeunes qu’ils représentent
une région», explique une organisatrice. Les 16 jeunes réunis ce week-end ont
pris conscience de la portée de leur présence et en ont discuté en petits
groupes.
«C’est quoi, être délégué ?», lançait samedi une responsable. Les ados
répondaient, elle-même reformulait : «Oui, être délégué, c’est se faire le
représentant, le porte-parole d’un groupe.» Et les débats allaient bon train. On
leur apprenait à tester les arguments des uns et des autres. Pour chaque thème,
le groupe se scindait entre partisans et opposants. Les arguments étaient
ramassés, passés au crible de la réfutation. Parfois le ton a monté !![]()
Une manière différente de dénoncer la violence
Autre
expression, chez les Perlins (les plus jeunes), le dessin. C’était une table
plus loin, où la plus haute concentration régnait, bouche close. Chacun
dessinait le thème qu’il souhaitait retenir, puis le racontait aux autres. Chloé
et Nicolas se sont ainsi fait les chantres d’«On n’est pas faits pour se
battre», le thème finalement retenu. Avec une manière bien différente de
dénoncer la violence. D’un trait, Chloé, 6 ans, a divisé sa feuille en deux :
«On dessine des gens qui se battent, d’un côté, et puis de l’autre, deux amis
qui s’aiment.» Quant à Nicolas, un peu plus âgé – il maîtrise déjà l’art de la
BD –, il a fait parler, bulles à l’appui, deux bonshommes qui ne s’apprécient
manifestement pas. Même à 6 ou 7 ans, on peut se faire et exprimer une opinion.
«Ce choix du thème d’année, c’est une dynamique, souligne Nicolas, un
responsable permanent. C’est une manière de dire aux jeunes : Vous avez décidé
le thème d’année, vous pouvez décider autre chose. Parce que la vie de l’ACE,
c’est votre affaire.» À la fin de la célébration de la Parole, on a repris comme
en écho ces paroles d’un chant de l’ACE : «C’est ma vie, je ne suis pas trop
petit pour qu’on décide à ma place.»
Isabelle PIOT
La Croix. 12 janvier 2006
Les «clubs» de l’ACE
Chaque
club réunit six à sept jeunes pour jouer, partager, mener des projets. Les
jeunes ont chacun une responsabilité, du facteur au décorateur en passant par le
gérant de la caisse : une manière de rendre l’enfant acteur dans sa vie en club,
comme le souhaitait déjà le P. Pihan, fondateur en 1936 de Cœurs vaillants et
Âmes vaillantes de France, ancêtre de l’ACE. Désormais, l’ACE est un mouvement
international.
Les jeunes de l’ACE sont répartis en clubs par tranche d’âge. Les clubs Perlin
représentent les 5-8 ans. Les Fripounet regroupent les 8-11 ans. Quant aux clubs
Triolo, ils se sont récemment subdivisés : de 11-15 ans, ils sont passés à 11-13
ans, donnant naissance aux Top’ Ados que sont les 13-15 ans.